Art Chronicle I

En amont de la prochaine édition de Art Basel/Miami et quelques jours après la FIAC, voici mon bloc note de l’art. Ce matin j’ai bravé tempête et pluie diluvienne, pour contempler avenue Matignon dans des conditions elles exceptionnelles un chef d’oeuvre de Nicolas Poussin, ‘L’Ordination’, exposé quelques jours avant sa mise en vente à Londres confiée à Christies. Magnifiquement conservé, dans un état vraiment parfait. Il n’a été ‘nettoyé et rentoilé’ qu’à l’époque de son acquisition (1786) par Charles Maners (quatrième Duc de Rutland) sur le conseil de Sir Joshua Reynolds, alors doyen de l’art Outre-Manche. Pour apercevoir les imperfections il faut de très près (j’ai pu le contaster moi-même) observer en ‘lumière rasante les détails invisibles autrement’. L’oeuvre de Poussin qui s’inscrit dans une suite dite des ‘Sept Sacrements’ montre ‘l’ambition, la détermination du peintre, et celà par la personnalisation qu’il donne à ses sujets, l’on sent que cette oeuvre est très réfléchie’, selon Cécile Bernard, Directrice du département des Tableaux Anciens chez Christies. A l’époque de sa migration de l’Italie vers Londres, elle est considérée comme majeure et perçue comme ‘un véritable enrichissement pour le patrimoine national britannique, qui appauvrissait l’Italie’ précise Cécile Bernard qui souligne aussi la notion immanquable de nationalisme ainsi rattachée à cette oeuvre. Les oeuvres de Poussin se vendent régulièrement, mais se sont généralement des petites toiles, les travaux majeures de ce maître ayant été depuis longtemps acquises par des familles et confiées à des musées. L’Ordination par Nicolas Poussin est l’une des plus joyeuse et accessible de ses toiles, elle illustre bien le ‘style Poussin’. Elle est parfaite pour des collectionneurs amateurs. Si son estimation est de 15 à 20 millions de Livres c’est sa vente du 07 décembre 2010 qui déterminera sa valeur actuelle. Rien n’est jamais joué d’avance. Pour l’instant aucun acquéreur ne s’est manifesté et le vendeur de ce tableau ne peut encore évaluer le gain final. Le Musée du Louvre Paris possède déjà un grand nombre d’oeuvre de cette époque et de Poussin lui-même (dont ‘La Fuite en Egypte’, tableau acquis avec le concours du MBA Lyon il y a deux ans) et ne représente donc pas un acquéreur évident. Les fonds nécessaires à l’achat semblent manquer, ce qui naturellement ammène à penser au richement doté Louvre Abou Dabi qui serait un acquéreur potentiel. Et Cécile Bernard de nous citer ‘le cas de la vente Jean-Antoine Watteau, pour laquelle même une heure avant la séance à laquelle seulement deux personnes n’assistaient physiquement, aucun acheteur ne s’était manifesté … Le tableau alors estimé à 3 millions de Livres s’étaient envolé pour 12 millions de Livres sterling ! Ou encore, ce Rubens estimé 4 millions de Livres et adjugé 50 millions de Livres !’
L’art de la vente aux enchères a ses secrets, tout du moins ses surprises, et comme ‘L’Ordination’ de Nicolas Poussin qui n’a pas encore révélé tout ses mystères de fabrication et de représentation picturale, elle conserve cette aura qui la rend si particulière.
*Le propriétaire de l’oeuvre s’en sépare pour pouvoir assumer financièrement l’entretien de son château.
/AFV
Nicolas Poussin (1594-1665), L’Ordre, huile sur toile, 95,5×121 cm / Estimation : £15.000.000-20.000.000 / ente aux enchères le 7 décembre à Londres King Street / copyrights Christies



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