Discussion avec une romaine à Paris, Cinzia Pasquali

Quelques jours avant la présentation aux médias de l’oeuvre “Allégorie du Château de Versailles”, j’ai eu le privilège de pouvoir rencontrer son auteur Cinzia Pasquali. Cinzia ne se considère pas comme une artiste. Elle est restauratrice de métier et a reçu une double formation, à la fois scientifique et artistique. Dans cet entretien, elle parle de son parcours (déjà 270 chantiers de restauration à son actif), de sa relation avec Versailles, de sa passion pour le Musée du Louvre. Discussion avec une romaine à Paris.
Andrée : Quels sont les lieux qui vous inspirent le plus ?
Cinzia Pasquali : De par ma double culture, je me sens naturellement en résonance avec les grandes œuvres architecturales d’Italie et de France. la galerie Borghèse à Rome est un lieu que j’aime tout particulièrement, où se manifeste une grâce et un équilibre parfaits entre l’architecture et la décoration. Dans la ville où j’ai grandi, à Rome, l’architecte Zaha Hadid a également conçu, avec le MAXXI, une véritable « cathédrale » des temps modernes, où l’accrochage des œuvres est en osmose avec toute l’architecture du bâtiment. A Paris, mes pas me mènent souvent au Musée du Louvre, où je conduis, depuis des années, différents types de restauration, aussi bien d’œuvres picturales issues des collections, que de décors monumentaux, tels que la galerie d’Apollon – conçue par Lebrun, celui-là même qui réalisa l’ensemble des décors de la galerie des glaces. Le Louvre est véritablement le cœur de la ville, la quintessence même du musée, et la présence de la pyramide a, qui plus est, rendu possible un étonnant mariage de l’ancien et du contemporain.
Or, la conception de cette installation devait répondre à des contraintes de différents ordres, aussi bien techniques, que thématiques ou esthétiques : techniques, parce qu’il fallait bien sûr scrupuleusement respecter le cahier des charges réglementaire qui s’impose dans ce genre de construction ; thématiques, dans la mesure où le sujet retenu était, dès le départ, la galerie des glaces du Château de Versailles, dont j’avais déjà accompli la restauration ; esthétiques, enfin, car le lieu même d’installation de la mosaïque et les conditions particulières de sa perception par le public des automobilistes, imposaient de concevoir une œuvre qui joue avec l’horizontalité des lignes de perspective du tunnel et avec la vitesse de défilement de l’image. D’ailleurs la synthèse optique qui permet à l’image de l’œuvre de se former sur la rétine à partir d’une réalité discontinue, mobilise d’une certaine façon les mêmes mécanismes qui interviennent dans certaines techniques de restauration, lorsqu’il s’agit de réintégrer des parties manquantes d’une œuvre.
AFV : Vous avez réalisé la restauration d’un très grand nombre d’œuvres. Quels sont les chantiers qui vous ont le plus marquée depuis le début de votre carrière ?
CP : J’interviens dans des projets très variés : un hôtel particulier, une église, un tableau miniature, une peinture monumentale – mais chaque chantier est à chaque fois une aventure à part entière. Certains, bien sûr, durent plus longtemps que d’autres, et demandent davantage d’investissement. La galerie des glaces, par exemple, fut un chantier hors norme, tant par sa taille (1500 m2 de décors) que par sa dimension pluridisciplinaire. Je m’y suis totalement consacrée pendant trois ans. De la même façon, la création de la mosaïque du duplex A86 s’est inscrite sur une longue période qui a rendu possible la maturation du projet.
AFV : Quels sont les artistes qui vous inspirent le plus ?
CP : J’aime par dessus tout Le Caravage, qui est le peintre des passions, du clair-obscur de l’âme humaine. son œuvre est charnelle, à l’image de son tempérament sanguin. L’histoire retient d’ailleurs de lui qu’il fut un assassin… J’ai aussi une grande admiration pour Lorenzo Lotto, un peintre qui a produit très peu d’œuvres, mais dont le travail sur la composition et la couleur est remarquable d’harmonie. Parmi les peintres contemporains, ce sont les toiles de Bacon et de Lucian Freud qui m’émeuvent le plus. bacon, est un peintre du mouvement, dont le trait torturé laisse suinter l’angoisse ; chez Freud, la contraposition des corps, toujours difformes, et de décors plus rassurants, offre un contraste assez saisissant.
AFV : Comment la réalisation d’une œuvre monumentale au sein d’un tunnel s’inscrit-elle dans votre parcours ?
CP : Le métier de restaurateur requiert une double compétence, une connaissance scientifique doublée d’une sensibilité artistique.
AFV : Racontez-nous comment est venue l’idée de l’installation de cette mosaïque monumentale dans le Duplex A86 ?
CP : Cette installation est le fruit d’une vision collective. Lorsque Pierre Coppey, le Président de VINCi Autoroutes, m’a demandé de réfléchir à une création artistique dans l’enceinte du tunnel, j’ai d’abord été perplexe. Puis, l’idée d’apporter un peu d’émotion dans un lieu par nature fonctionnel m’a séduite. J’ai commencé à aimer ce lieu, à me l’approprier. J’ai étudié toute l’histoire de la construction du tunnel, tant du point de vue de l’ingénierie que sur le plan urbanistique et même social. Il fallait ensuite concevoir une œuvre qui évoque à tous, immédiatement, la galerie des glaces et l’univers du roi soleil – c’est pourquoi le motif central de la tête d’Apollon a constitué le leitmotiv de cette composition. Le défi consistait aussi à susciter un instant d’émerveillement, une irruption furtive de grâce et de beauté au beau milieu des parcours quotidiens des utilisateurs du tunnel.
Propos recueillis par Andrée Fraiderik-Vertino pour Cofiroute/ Crédits photo EMSpirit




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