archives : Intelligent Editorialist, Laurence Haim

laurence haim

Dans le cadre de la lutte contre la grippe H1N1, une journaliste commente la déclaration dʼétat dʼurgence aux Etats Unis par le Président Obama. Il est 23h passé à Paris, un peu plus tôt à Washington et je regarde I-Télé. Contrairement à Laurence Haim, cette journaliste nʼincarne pas lʼinformation nord américaine façon Canal+ ou I-Télé. Il y a un style Laurence Haim, un ton, mêlant recul objectivité oblige et empathie non feinte. A mon avis.

Suite à la publication dʼune sorte de ʻYes, SHE can !ʼ, ou plutôt ʻPerseverance is the keyʻ, un sujet consacré à son investissement sur lʼélection du Président américain, lʼun des articles les plus lus sur le site Business Madame, et vos nombreuses questions sur le statut des femmes journalistes, jʼai souhaité lʼinterviewer.

Aparté : Parlant de son dernier film, “Les vies privées de Pipa Lee”, lʼactrice Robin Wright Penn déclarait au sujet de la pression que sʼimpose lʼindustrie du cinéma américain : ʻil y a une peur que seul le public averti comprenne le propos des films et que les 70% dʼautres spectateurs américains passent à côté avec les risques financiers que ce type dʼerreur engendre. Les réalisateurs europééens eux ont foi, confiance en lʼintelligence du public !ʼ Il en va de même du journalisme de Laurence Haim, qui plus quʼêtre une présentatrice, une commentatrice, a su imposer un style, une ligne éditoriale, un regard qui fait confiance à lʼintelligence du téléspectateur, du citoyen.

Laurence Haim nous parle de la représentation des femmes dans les médias, de sa vision du métier avec ses aléas et ses joies, du combat de ses consoeurs, sa part de ʻbusiness strategyʼ, ses risques. Quelques questions posées à Laurence Haim, au détour dʼun entretien téléphoné un dimanche après midi. 16h à Paris, toujours un peu plus tôt à New York : quʼest ce qui vous anime quand on sait que vous avez couvert dʼautres zones, dʼautres sujets ? Etes-vous une spécialiste des affaires politiques nord américaines ? Soit comment passe-t-on de la course à la Maison Blanche à la mort tragique du roi de la pop et au procès Maddoff star déchue du charity business ? Comment définissez-vous vos axes stratégiques dans le long terme, quʼest ce qui rend votre ligne éditoriale si lisible ? Quʼest ce qui fait que lʼon vous associe à lʼinformation ʻUSʼ au delà de votre récurrence sur Canal Plus et ITélé ? Y a t il un enfer du dimanche pour le reporter ? Mes questions paraissent denses. Les réponses de Laurence Haim ont lʼétoffe du grand reporter.

AFV : Qui êtes-vous ?

Laurence Haim : Je mène un combat permanent je me bat pour que lʼon respecte qui je suis dans le monde du journalisme. Je fais des choix, jʼai des convictions, je ne vais pas dans la facilité. Ce combat induit une remise en question permanente, et de passer par des moments de doute. Enfin jʼai une ligne de conduite, une éthique et une philosophie, je nʼai pas envie dʼêtre dans le compromis absolu !

AFV : Votre physique et votre âge.

Jʼassume mon physique et mon âge ! Je considère que lʼon est dans le règne de la bimbo, avec beaucoup de présentatrices plus que de journalistes femmes, souvent sans expériences du terrain. Les chaînes françaises font celà car travailler avec des journalistes ayant des (dizaines dʼ) années dʼexpérience coûte cher. Celà implique de prendre en compte leur ancienneté dans le métier et de les rémunérer en conséquence. Jʼaffirme en vieillissant un certain style, jʼaccepte mes rides. Je condamne la jeunesse à tout prix à lʼécran et nʼaime pas travailler avec ce type de personne ! Vous pouvez vieillir en restant reporter, je pense que lʼâge ne doit pas compter et le coté financier doit suivre ! Lʼenvie de gagner plus est légitime et lʼexpérience peut payer. Canal + et I-Télé ont su mʼaccompagner dans ce sens. Etre crédible, raconter des histoires qui touchent les gens, cʼest ce qui me motive dans mon métier. Je nʼai jamais imposé comme condition pour participer à un projet dʼapparaître à lʼécran. La présence physique nʼest pas une fin en soi. Quand jʼavais vingt ans et pendant cinq ans jʼai tenu une chronique culturelle sur RTL aux cotés de Philippe Labro. Je sais aussi quʼaujourdʼhui il faut prendre ce qui passe car les chaînes sont difficiles en ce moment … Les américains ont lʼattitude inverse dans ce domaine. Les présentateurs doivent avoir fait du terrain ! Les femmes autant que les hommes sont acceptés avec leurs rides ! Sur CBS il y a une émission qui sʼappelle 60′, Lara Laughan (Chief Foreign Affairs Correspondent) et son collègue Anderson Cooper représentent bien cette tendance de fond.

AFV : Parlez-nous de vos consoeurs françaises.

LH : En France des journalistes telles Arlette Chabot incarnent une certaine vision du journalisme. Christine Ockrent aussi sʼest battu pour les femmes en télévision. Ces femmes nʼont pas désarmé ! Martine Laroche-Joubert (60 ans) est toujours grand reporter et donc toujours sur le terrain, Marine Jacquemin également ! Françoise Joly et Guilaine Chenu dʼEnvoyé Spécial défendent aussi une certaine idée du métier, au féminin, qui implique beaucoup de sacrifices personnels, cʼest le cas également du photo journalisme. Je pense à la photographe française Alexandra Boulat, co-fondatrice de lʼAgence VII, décédée à 47 ans et qui a couvert beaucoup de conflits armés.

AFV : Quelques mots sur la campagne de Barack Obama …

LH : Disons que lʼon a su créer un appétit suffisant pour que lʼon ai envie de suivre la campagne (à la présidence américaine). Lʼon a pas travaillé dans la sécurité pour autant, même si Canal + mʼa fait confiance ! La direction a décidé de me permettre de suivre lʼensemble de la campagne. Jʼai travaillé 20hr sur 24 pendant trois ans ! Nous avons été la seule chaîne à avoir se niveau dʼinvestissement ! Quand il est arrivé à la Maison Blanche Barack Obama nʼa pas pris de vacances, malgré la fatigue de la pré-investiture, et donc nous non plus ! Celà a payé, pour moi mais aussi pour Canal Plus ! La sécurité ne fait pas parti du journalisme. Je veux suivre le premier mandant de Barack Obama dans son ensemble. Il sʼagit de lʼHistoire qui sʼécrit ! Et sʼil est ré-élu pour un deuxième mandat alors … ! Après avoir passé près de cinq ans à Bagdad pour CBS, ʻObama mʼa récupéréʼ ! Je suis ou deviens une spécialiste sur ce le sujet que je couvre mais comme je suis journaliste je suis là où lʼactualité est. Si demain je suis à Los Angeles je couvrirai lʼactualité californienne ! Au moment de Katrina par exemple, je travaillais toujours pour CBS et jʼai accompagné les forces spéciales aéronautiques américaines dans leur mission de sauvetage civil ! Pendant 10 jours nous étions sur les toits des maisons à aider les survivants. A ce moment, jʼai aussi assuré des liaisons pour I-Télé, qui mʼa interviewé en tant que ʻtémoinʼ des événements.

AFV : J’aime bien imaginer que pour les journalistes de votre stature il y a un ‘enfer du dimanche’ …

LH : Il nʼy a pas dʼenfer du dimanche ! Je pratique le ʻ24hr de non infoʼ ; jʼai mon jardin secret, jʼai dʼautres choses … Il faut avoir cela pour tenir ! Sinon vous allez vers lʼalcoolisme ou la drogue … Cʼest un métier qui abîme, les femmes particulièrement. Il y a une image glamour du ʻjobʼ qui est très répandue et qui ne reflète pas du tout la réalité du métier ! Cette image des éternelles invitations à des soirées, des dîners en strass, ce nʼest pas mon quotidien ! De plus les journaux ont moins de moyens, il y a la contrainte de lʼaudience, la tension à gérer, qui sʼaccroît vu la quantité de paramètres à cadrer ! Et avec lʼarrivée des nouveaux médias et lʼévolution des supports et de la technologie. Cela est particulièrement vrai pour les journalistes de terrains qui ont encore moins droit à lʼerreur. Dan Rather, une légende, qui a été récompensé par des dizaines de prix, a été viré pour une erreur ! Finalement ont ne retient de vous que votre dernière contribution ! Cʼest dur ! On est loin de lʼimage dʼEpinal que véhiculent certains supports ! Pour reprendre les mots de la doyenne des correspondants américains, Helen Thomas, une femmes de 89 ans toujours en activité, ʻcompromis, renoncement et passionʼ sont les valeurs clés du métier de journaliste !

AFV : Laurence Haim c’est un style, une marque …

LH : Je ne serai jamais une journaliste dʼinvestigation, cʼest une tournure dʼesprit que je nʼai pas. Chaque fois que je me suis aventurée sur ce type de reportage cela nʼa pas fonctionné. Je suis une journaliste dʼémotion. Les gens sont adultes et capables de se faire une opinion. Il faut à la fois toucher les coeurs et dans le même temps affronter les politiques, leur montrer que lʼon a le droit de poser des questions dures. Jʼaime les mettre en face de leurs responsabilités, dans ce sens en tant que journaliste nous assurons un lien entre le pouvoir et la démocratie. Je nʼai pas lʼambition, la prétention de laisser quelque chose derrière moi, éventuellement, à un moment donné capter un instant et faire vibrer les gens.”

Propos recueillis par Andrée Fraiderik-Vertino

Copyrights photo Maxime Bruno / CANAL+

/ Dans le cadre du premier anniversaire de lʼinvestiture du Président Barack Obama, en janvier 2010, la chaîne Canal Plus programmera une série des émissions spéciales dont un documentaire produit par lʼagence CAPA auquel Laurence Haim a participé. Plus dʼinformation sur Laurence Haim : Laurence Haim interview Barack Obama + A La Maison Blanche, le blog de Laurence Haim. afv

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