Bénédicte Colpin, Designer Box : ‘Le design, ce n’est pas un style mais des styles; nous avons voulu retrouver le sens de l’objet ; revaloriser la dimension affective de celui-ci’

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©Benjamin Boccas

Des années que je croise Bénédicte, le fruit d’une rencontre, de mon parrain design le bel Ami, l’ami H. Donc oui, je suis assez proche de sa vision et sensible à la générosité dont elle fait preuve au travers de cette interview. Une femme qui ne vit pas à moitié sa passion et sa profession, qui a su se réinventer traçant au passage une voie vers une innovation raisonnée dans un domaine qui ne cesse de se remettre en question ces dernières années. Ici je persiste et signe dans mon approche éditoriale ‘digest & business insight’ et suis enchantée de partager avec vous le contenu mis en boîte par les entrepreneurs Bénédicte Colpin et son associé Tomas Erel. Ouvrons ensemble la Designer Box !

Madame Business : Comment as-tu évolué du musée à la direction d’agence de communication ?

Bénédicte Colpin : Bien que provinciale, ne venant pas d’un milieu proche de la création, je me suis retrouvée un jour, très jeune, dans une salle de ventes aux enchères. Cela m’a fasciné (je me souviens de ce Carpeaux en vente, j’avais 12 ans). J’ai donc fait des études pour être commissaire-priseur, Droit + Ecole du Louvre. Comme la vie est toujours une histoire de rencontres, en sortant de mes études, j’ai rencontré Marie-Claude Beaud alors à la tête des musées des Arts Décoratifs (Musée de la Mode, Musée des Arts Décoratifs, Musée de la Publicité, Musée Camondo) et je me suis occupée des relations presse des musées, expo, écoles pendant quelques années. Une époque magique qui m’a permis de rentrer directement dans le monde parisien de la Mode, des Arts Décoratifs, de l’Art Contemporain. Grâce à Marie-Claude j’ai pu accompagner les expositions de créateurs qui débutaient leur carrière – Ora Ito, Jean-Marie Massaud, matali crasset, Adrien Gardère, Jean Michel Othoniel, Johann Creten, et de grands créateurs tels que Etorre Sottsass, Miguel Barcelo, et j’en passe. A cette époque, il n’y avait que très peu de place pour le design en France. Après le départ de Marie-Claude, j’ai rencontré Laurent Denize D’Estrées qui avait décidé de créer une agence de communication spécialisée dans le design et l’architecture (il avait 1 client à l’époque dans ce domaine, Silvera). Pendant quelques années, j’ai accompagné le développement de l’agence 14 Septembre en travaillant sur les personnalités, les marques, les distributeurs, les salons, les galeries et même une salle des ventes… Bref, un moment euphorisant où il s’agissait d’élargir le territoire du design en France.

MB : … puis vers le design management et au final l’entrepreneuriat ?

BC : … après des années d’accompagnement de projets en tant que « communicante », j’avais envie de mieux comprendre comment une multinationale intégrait la création et l’innovation, de travailler sur toute la chaîne, de la stratégie ‘créa’ à la mise en boutique en passant par la production, le retail (Tokiuijin Yoshioka réalisait à l’époque le flagship shop qu’il s’agissait d’adapter) avec une amplitude plus internationale. C’est à ce moment que j’ai intégré Swaroski. Ensuite, la vie, une rencontre, celle de Tomas Erel. Un entrepreneur, architecte de formation que j’avais croisé il y a quelques années quand il montait Saazs, une filiale de Saint Gobain dédiée à l’innovation. Il me disait toujours ‘pourquoi ne montes-tu pas quelque chose ?’ J’en avais envie mais pas seule. Nous nous sommes posés quelques jours et avons décidé de créer ensemble designerbox.com.

MB : A quel point les rencontres, les mentors ont-ils eu de l’influence sur ton parcours ?

BC : Les rencontres sont essentielles dans ma vie. Pascale Monnier, spécialiste en stratégie marketing grâce à qui j’ai financé une partie de mes études et qui est devenue une grande amie, Pierre Nore, disparu malheureusement, Marie-Claude Beaud, Laurent Denize D’Estrées, Tomas Erel, et tous les liens amicaux et professionnels tissés au fil des années…

MB : Tu peux nous parler d’autres projets sur lesquels tu as travaillé et qui certainement ont nourrit la création de Designer Box ?

BC : Ce qui est formidable dans cette aventure c’est que cela correspond à l’essence même de mon métier – valoriser la création, créer du contenu, faire en sorte que cela ait du sens et d’ouvrir les champs d’investigations de la création vers d’autres horizons, tout cela pour faire en sorte que les clients vivent mieux, et les designers aussi. Bref, je tisse des fils entre les métiers – le marketing, la com’, la prod et la distribution. Cela, par contre, c’est quelque chose de nouveau pour moi. Le rapport direct à la clientèle.

MB: Comment est né le projet Designer Box, n’était-ce pas osé de transposer le concept à l’univers du design ? Quelles difficultés as-tu relevé avec tes équipes ?

BC : L’idée de départ avec Tomas était simple. Nous avions envie de faire ce que nous savions et aimions faire. Matérialiser des idées, continuer à travailler dans l’univers du design et ouvrir un champ d’investigation sur le net. Nous avons repris ce système des boxes qui est avant tout un nouveau système de diffusion. Il s’agit de produire de manière raisonnée en fonction des abonnés. Cela nous paraissait particulièrement approprié à notre projet d’autant que nous n’avions pas envie d’être éditeur au sens classique du terme. L’idée était de montrer la richesse de la créativité design sur le plan international. Le design, ce n’est pas un style mais des styles; de retrouver le sens de l’objet ; de revaloriser la dimension affective de celui-ci. Et de montrer toutes les histoires qui peuvent entourer l’objet – de l’inspiration, à la personnalité, au savoir-faire. 2 angles étaient visés – 1/ la collection. 2/ le cadeau à mon avis encore trop mal considéré par la sphère design – trop cher, trop élitiste… Bref, bouger quelques lignes à notre échelle.
Designer Box c’est … 2 personnes, soit nous entourés de partenaires ultra professionnels avec lesquels nous aimons travailler. Les choses vont très vite et nous nous basons sur des années d’expériences. Nous avons commencé à travailler sur le projet en janvier 2013, puis, premier clic en juin 2013. Nous nous étions dits juin-septembre, nous voyons si l’idée plaît et si le modèle économique est viable. C’est le cas ! Et septembre/décembre nous consolidons pour développer par la suite tout ce que nous avons envie de créer.

MB : Demain vous aurez certainement des imitateurs, qu’est ce qui différencie dès aujourd’hui Designer Box de futurs ‘copy cats’ ?

BC : Certainement. Mais pour monter un tel projet il faut une certaine expertise dans le domaine – avant tout, la confiance des designers, puis de l’expérience dans la prod, le net, la com en France et à l’international … beaucoup de choses, loin d’être infaisables mais qui demanderaient beaucoup d’investissement. Et, ce n’est pas un hasard si la grande majorité des boxes proposées (je n’ai pas vérifié mais sans doute pas loin de toutes, c’est ce qu’on nous a dit), sont en fait de l’achat de pièces existantes sur le marché et plus ou moins intelligemment packagé. Nous sommes apparemment les rares à produire des créations inédites et exclusives pour un mois seulement, introuvables ailleurs, avec une boîte en bois numérotée, accompagnée d’un certificat d’authenticité.

MB : Dans son rapport (Innovation 2030), Anne-Laure Lauvergeon souligne que l’innovation n’est pas que technique, scientifique mais aussi et simplement la création d’un nouveau service, d’un produit mis à disposition d’une nouvelle façon par exemple. Comment vous situez-vous sur cet aspect ? Quelles sont les innovations que DB et la société éditrice IPC pourraient bientôt nous proposer ?

BC : Derrière Designer Box il y a ipc/iconic product collection et les idées ne manquent pas. Mon créneau a toujours été de repousser les frontières, de garder la créativité au centre du processus de l’innovation et de faire en sorte qu’elle soit comprise. Sans création formelle, il n’y a pas d’appropriation de l’innovation. Le phénomène est parlant dans tous les domaines – la médecine, l’informatique, le mobilier, la mode etc…

MB : Quelle est l’actualité de Designer Box ? (d’un point de vue organisation/développement et surtout offre produit, nouveautés, retail) …

BC : Le développement – en France et à l’international (le site est en 5 langues et nous livrons dans toute l’Europe voir plus déjà aux Etats-Unis). Le Bon Marché nous accueille dans sa Galerie Imaginaire pour Noël, c’est en place jusqu’au 31 décembre. Et chaque mois, un objet inédit, exclusif créé, produit et distribué par et pour designerbox.com. En 5 mois d’exercice, le modèle a déjà prouvé qu’il était viable. Il s’agit maintenant de consolider son développement à l’international et d’optimiser l’organisation pour développer d’autres idées, et avec Tomas Erel, nous n’en manquons pas !

Designer Box sur Facebook 

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