Martine Van Went et Sandy Beky, co-Présidentes du réseau EPWN : “75% des femmes ne sont pas satisfaites de leur rémunération alors qu’elles sont 66% à ne pas demander d’augmentation”

Ce mois-ci je me suis entretenue avec Martine Van Went et Sandy Beky les deux Présidentes du réseau EPWN (pour European Professional Women Network), un réseau fondé en 2001 par Margaret Milan. Bien ancré en France et très actif sur toute l’Europe, ce réseau est incontournable … Cet échange est aussi l’occasion de faire tomber certaines idées reçues sur le networking féminin.  

Madame Business : Pourriez vous commenter l’évolution du profil type des membres du réseau depuis sa création et comment expliquez-vous ces changements ?

epwn _Martine Van Went _Sandy Beky

European Professional Women Network : Notre réseau attire principalement des femmes exécutives (de cadre moyen à cadre de direction) et ce depuis sa création en 2002 à Paris. Nous avons constaté au fil des années que les femmes qui rejoignent le réseau prennent  davantage conscience de l’importance du réseautage et de la part active qu’elles doivent elles-mêmes jouer dans leur évolution professionnelle au sein de l’entreprise mais également dans la société pour plus d’égalité  femme-homme. Nous avons pu aussi observer qu’un certain nombre de nos membres après une carrière en entreprise se lance dans l’entrepreneuriat et reste dans le réseau car EPWN a le bénéfice de répondre aux attentes de femmes salariées en entreprise mais également entrepreneures et consultantes. Et enfin notre réseau a connu une expansion géographique tout d’abord au niveau européen avec l’ouverture de nouveaux chapitres tels que Varsovie, Bucarest, Istanbul et Rome ces dernières années et au niveau global avec le lancement de Dubaï, Sao Paulo en cette fin d’année 2013 et Singapour prévu en  2014.

MB : Quelles sont les attentes des membres et des entreprises partenaires ? En quoi elles aussi ont-elles évolué ?

EPWN : Les membres souhaitent trouver des outils concrets tels que notre programme de mentoring (lancé en 2005) ou même nos ateliers de développement professionnel, ou tout simplement se créer un réseau pour rencontrer et échanger avec  des femmes de toutes nationalités  sur des problématiques et barrières professionnelles souvent similaires quels que soient les secteurs. En ce qui concerne nos entreprises partenaires la demande a évolué : au début le réseau était un appui pour les aider dans la mise en place et l’animation de leur propre réseau féminin en interne. Aujourd’hui face aux écarts qui se maintiennent malgré des politiques de mixité  au sein de leur entreprise, leur demande se porte davantage sur une réflexion commune concernant l’implication des hommes et le rôle dans la féminisation des différents niveaux de management.

MB : Il y a aujourd’hui beaucoup de réseaux féminins et si certains se distinguent clairement en ce qu’ils s’adressent à des segments spécifiques (entrepreneurs, alumnis de grandes écoles, industries …) qu’est ce qui fait la spécificité d’EPWN

EPWN : Nous sommes le plus grand réseau de femmes exécutives  indépendant de toute entreprise  ou école , multi-sectoriel (54 secteurs d’activités représentés) et inter culturel  avec plus de 90 nationalités au niveau européen et  40% membres de  EPWN Paris de nationalité étrangère. Nous avons plus d’une centaine de volontaires ce qui  est beaucoup plus que les autres reseaux qui s’investissent quotidiennement dans le réseau pour organiser rien que sur Paris une centaine d’événements. Nos membres trouvent aussi dans le réseau  une neutralité et une objectivité qui les réconfortent ainsi qu’un lieu de partage, d’échange et de solidarité.

MB : La professionalisation du réseautage féminin étant une tendance avérée, observent-on chez les femmes la même propension à multiplier l’appartenance à des clubs et réseaux diverses et variés, imitant les hommes ?

EPWN : Je pense que oui. Pour exemple, un grand nombre d’adhérentes de  EPWN Paris sont également membres du  réseau féminin de leur entreprise, de l’association des alumni de leur école ou d’autres réseaux professionnels liés à entrepreneuriat ou une profession particulière, sachant que nous pouvons observer qu’une femme qui s’implique dans un réseau de façon active le fait souvent dans d’autres réseaux

MB : 7 à 10 ans après l’arrivée des grandes questions sur la parité professionnelle et le rôle des femmes dans la création de valeur dans le tissu économique français, la différenciation des réseaux sur un critère de genre se justifie-t-il toujours ?

EPWN : La question se pose à nous de façon stratégique aujourd’hui et la tendance serait plutôt de vous répondre oui, la mixité à 50/50 n’est toujours pas une réalité et les femmes ont encore besoin de travailler leur positionnement. Dans les réseaux mixtes les femmes sont moins présentes que les hommes et ont encore du mal à trouver leur place. Nous avons lancé une réflexion stratégique sur le sujet au niveau de notre conseil d’administration et je pourrai vous répondre plus précisément dans quelques temps.

MB : Vous avez récemment présenté les résultats d’une étude sur la relation qu’ont les femmes à l’argent. Pourriez-vous nous en livrer les grandes lignes ? Quelles sont les marqueurs forts de cette étude ?

EPWN : Le premier marqueur fort est la différence de comportement entre la vie privée où les femmes ont une part prépondérante dans la gestion au quotidien et la vie professionnelle où apparemment elles osent moins. Un exemple : 75% des femmes ne sont pas satisfaites de leur rémunération alors qu’elles sont 66% à ne pas demander d’augmentation ; elles admettent ne pas se sentir préparées  à demander une augmentation de salaire continuent de penser que si elles travaillent bien la dite augmentation leur sera proposée. L’argent est pour elle avant tout une sécurité même si elles ont du mal à en parler (69% n’en parlent pas même avec leurs ami(e)s proches).

EPWN_gucciIMG_UQ9B2579MB : Si les bénéfices pour Pictet sont évidents en quoi ce type de travaux offrent il un plus à vos adhérents ?

EPWN : Tout d’abord d’avoir une réelle prise de conscience de la situation et peut être de s’apercevoir qu’elles ne sont pas seules dans leur situation. Cela nous a également permis  sur la base des résultats de cette vaste enquête  d’organiser des ateliers de formation et de dialogue sur le sujet afin de donner à nos membres  des outils et  des éléments de réflexion pour faciliter leur positionnement face à l’argent et les aider concrètement dans leur évolution professionnelle qu’elles soient ou non en entreprise. Il est important dans la mission de  EPWN,  d’apporter un accompagnement aux femmes qui le souhaitent tout en agissant auprès des entreprises et par la même auprès de leur collaborateurs et faire changer la société dans son ensemble.

europeanpwn.net

Chaque mois je donne la parole à un réseau professionnel ! Rendez-vous pris mi-janvier avec le réseau féminin belge FAR, fondé et animé avec brio par Bénédicte Philippart de Foy.

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