Samuel Aubert, fondateur du festival Les Siestes Electroniques : “Nous devons monétiser des savoir-faire développés dont nous n’avons pas encore idée qu’ils puissent être vendus, trouver la pépite d’or cachée dans la montagne sur laquelle nous sommes assis”.

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Samuel Aubert : “Nous devons monétiser des savoir-faire développés dont nous n’avons pas encore idée qu’ils puissent être vendus. Notre expérience vaut certainement quelque chose pour quelqu’un. Nous devons trouver la pépite d’or cachée dans la montagne sur laquelle nous sommes assis !”.

Que je commence à penser à un festival de musique et me viennent à tue-tête des airs de Pink Floyd, des visions de pingouins sur la banquise (Jean Michel Jarre), bref autant dire plutôt les références de mon enfance voire de mes parents. La seule image contemporaine étant peut-être celle de people ‘modeux’ arborant fièrement leur bottes boueuses Hunter dans le Vogue UK histoire de montrer qu’elles (Gisele, Kate, …) vivent à fond pour la musique. Egalement les fins de non recevoir des amies qui entre mai et septembre déclinent les plans du week-end pour cause de présence assidue à leur festival préféré. Soit je ne suis pas fan de festivals même si j’aime beaucoup ce qu’ils représentent et les valeurs qu’ils peuvent véhiculer. Festival conserve son singulier même si il prend un ‘s’ au pluriel, mais une chose est certaine depuis toujours et une dizaine d’années en particulier des acteurs comme Samuel Aubert ont à coeur de conjuguer, de multiplier les caractéristiques et d’enrichir le format. Les Siestes Electroniques participent de ce mouvement depuis 2001 et si le modèle reste unique il est encore perfectible. Initié à Toulouse, ‘Les Siestes’ ont su s’exporter à Paris mais aussi à Montréal, Kyoto, Berlin, Brazaville ou Abu Dhabi. Samuel Aubert décrypte le genre avec Business Madame.

Business Madame : Quelle est l’histoire des Siestes Electroniques ? Comment devient-on fondateur et directeur d’un festival musical ?

Samuel Aubert : Quand on embrasse une carrière très jeune (j’avais 20 ans lorsque que nous avons fondé Les Siestes Electroniques), c’est souvent un mélange d’inconscience et d’ennui qui nous pousse à l’action. Inconscience, parce que l’on ne sait absolument pas dans quoi on se lance, on ne se pose pas la question une seule seconde, on ne pèse pas le pour et le contre, on n’évalue pas les conséquences. C’est finalement l’un des grands avantages de la jeunesse. Et ennui, car pour passer du statut de spectateur/consommateur à acteur/entrepreneur il faut un déclic et, dans notre cas, comme dans beaucoup d’autres, je crois, c’était tout simplement que nous ne trouvions pas notre compte dans l’offre d’alors.

BM : Vous vous situez en amont de la fillière musicale mais en même temps aux premières loges pour ce qui est de la découverte de nouveaux talents …

SA : Plus qu’amont, je dirais que nous nous situons de biais, à côté. Notre modèle économique comme notre organisation n’est pas conforme aux standards de la filière. Notre modèle est fragile car il repose sur une part conséquence d’argent public (ce qui représente aujourd’hui un risque alors qu’il y a 10 ans, c’était une force), mais notre modèle est sain et 100% raccord avec l’air du temps. Notre festival est né en 2001, au moment de la bulle Internet, et nous avons hérité, de manière inconsciente, d’une manière nouvelle d’envisager notre business : notre service est gratuit pour le grand public (ce qui nous permet de toucher beaucoup de monde, bien plus qu’avec un modèle économique payant tout droit sorti du XXème siècle) et ce que nous monétisons, c’est cette capacité à toucher un large public (auprès des collectivités territoriales à qui nous offrons un service temporaire de culture publique de haute qualité et auprès des marques qui souhaitent communiquer auprès de nos spectateurs). Nous sommes en quelque sorte le festival Internet des festivals : nous fonctionnons sur une base de dons, sur un modèle d’économie collaborative (comme Wikipedia) et en monétisant de la vente d’espaces de visibilité et de services dérivés (comme les médias pure-player).
Ceci implique une manière de penser sa manifestation complètement nouvelle. Aux Siestes Electroniques, nous n’avons ainsi pas de tête d’affiche, ni de premières parties. Le public ne payant pas sa place, ne vient pas pour voir untel ou untel qu’il connait déjà, mais vient pour la manifestation en tant que telle. De fait, l’événement devient alors un terrain de découverte. Mais nous ne cherchons pas pour autant à présenter les nouveaux talents de demain, ceux qui “perceront” dans l’économie de la musique dans les mois ou années qui viennent. Cela arrive de facto, mais ce n’est pas une fin en soi pour nous. Nous avons le loisir de programmer qui bon nous semble. Nous souhaitons user, voire même abuser, cette liberté que nous offre notre modèle économique, et ainsi programmer des artistes tous chatoyants, flamboyants, intéressants. Certains finiront pas s’insérer dans le cercle vertueux du business musical d’autres se crashera majestueusement en route. Ceux qui ne sont pas taillés pour le business (la majorité) n’en sont pas moins intéressants à écouter. Tel est notre propos.

BM : Quelle est votre contribution au final ? Se quantifie-t-elle ?

SA : Je ne saurais répondre à cette question. Les retombées culturelles sont très difficiles à quantifier. J’aimerais pouvoir certifier que des musiciens toulousains ont parfait leur oreille musicale, que de jeunes gens ont trouvé le goût pour créer un label, un magazine, une structure d’organisation de concerts, en venant assidûment à nos événements, mais je n’en sais rien.

BM : Le festival a évolué en se délocalisant et aussi en intégrant des moments d’échanges, de débats, ce qui reste assez rare dans les formats actuels …

SA : Pas tellement, pour le coup, nous ne faisons pas preuve d’originalité ici (mis à part dans nos contenus, je l’espère). Les déménagements sont, somme toute, fréquents dans l’histoire des festivals. Les sites de manifestation correspondent à certains besoins qui peuvent évoluer au fil du temps (notamment en terme de jauge). Et pour ce qui concerne les moments d’échanges et de débats que nous nous organisons en amont de nos concerts, c’est assez traditionnel dans d’autres secteurs culturels (comme le théâtre ou l’art contemporain), moins dans les musiques actuelles, il est vrai, mais cela se développe beaucoup ces dernières années. Nos deux “grands frères”, le Sonar à Barcelone et les Nuits Sonores à Lyon, ont ainsi développé des appendices b2b et b2c très “performants”, mais cela ne constitue pas un exemple à suivre pour nous. Nous avons plutôt puisé notre inspiration du côté de Manchester et du festival d’idées FutureEverything.

BM : Peut-on vous comparer à un autre festival ? Je ne suis pas spécialiste, mais j’ai cherché il me semble que non, qu’est-ce qui fait donc votre singularité ?

SA : Oui et non. En termes de contenu artistique, d’autres festivals nous correspondent. On y retrouve la même exigence, le même souci du détail, une certaine préciosité. Baléapop, Musiques Volantes, Soy, Midi, Maintenant … mais ces festivals sont payants, ils n’ont pas le même modèle que nous. Par ailleurs, il existe d’autres manifestations avec lesquelles nous partageons la même formule (la “gratuite”, le plein air, les concerts diurnes) mais au sein desquelles vous n’allez pas retrouver la même qualité de programmation. Étonnamment nous étions plus nombreux à nous ressembler vers le milieu des années 2000, mais plusieurs festivals “gratuits” proches de nous sont tombé à l’eau (Sous la Plage à Paris, Aires Libres à Marseille). Il reste Villette Sonique, porté par l’EPPGH (Parc de la Villette à Paris), qui offre une partie gratuite diurne et une partie payante nocturne : le meilleur des deux mondes.

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BM : L’on cite souvent la scandinavie et particulièrement la Finlande en terme d’innovation dans le contenu et le management très responsable de festivals. S’agit-il d’un contexte (politiques urbaines, industrie musicale, partenaires privés, audiences, …) plus favorable ?

SA : On cite régulièrement la Scandinavie et la Finlande en particulier pour parler d’innovation au sens large, que ce soit de le domaine de la culture, de l’écologie comme aussi de manière plus générale sociale ou bien encore technologique. A quoi cela tient-il, je ne sais pas. Je n’ai pas les compétences pour pouvoir le dire et je ne voudrais pas livrer une analyse de bistrot (nature omniprésente = soucis d’éco-responsabilité , par exemple). Ce que je peux dire quant à la gestion responsable des événements culturels et en particulier des festivals, scandinave ou pas, c’est que c’est souvent de green washing : on met des gobelets recyclés, des toilettes sèches, un stand WWF et hop on est écolo. Pour faire une analogie un peu trop rapide pour être sérieuse, je dirais que ce n’est pas en faisant consommer 2l d’essence en moins aux voitures essence ou pire diesel que l’on changera la face du monde, il faut trouver d’autres moyens de se déplacer, de vivre. Faire baisser la consommation de carburant des voitures mais continuer l’étalement urbain, ça ne sert à rien. De même, mettre des gobelets réutilisables au Dour festival, ça ne change rien. Il nous faut inventer de nouveaux modèles et pas mettre des pansements sur des jambes de bois.

BM : Quelles sont les prochaines étapes stratégiques en terme de dévelopement ?

SA : Renforcer et pérenniser notre modèle économique en trouvant des ressources propres supplémentaires pour anticiper une baisse possible des fonds publics. Nous devons monétiser des savoir-faire développés dont nous n’avons pas encore idée qu’ils puissent être vendus. Notre expérience vaut certainement quelque chose pour quelqu’un. Nous devons trouver la pépite d’or cachée dans la montagne sur laquelle nous sommes assis.

les-siestes-electroniques.com

Du 26 au 29 juin 2014 à Toulouse et tous les dimanches de juillet 2014 au Musée du Quai Branly à Paris.

Copyrights “Les Siestes Electroniques — 12e édition, Cédric Lange, 2013”

 

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