Marine Tanguy, directrice et fondatrice de De Re Gallery, Los Angeles : “Los Angeles est un marché nouveau où l’on peut faire la différence. Il existe encore très peu de galeries avec un pouvoir académique derrière elles et qui représentent de l’art contemporain et classique en provenance de l’Europe.”

marine tanguy  de re gallery _ demi moore

La semaine dernière la planète art vivait au rythme d’Art Basel et de mon côté je décidais de faire un clin d’oeil à l’art contemporain côté Amérique du Nord, curieuse du parcours de Marine Tanguy. Un temps à la tête de la galerie londonienne The Outsiders, Marine Tanguy s’associe aujourd’hui au collectionneur et publicitaire américain Steph Sebbag, avec qui elle a ouvert au printemps la De Re Gallery. Installée à Los Angeles, elle infuse et diffuse un air européen au marché local, sans pour autant snober l’art américain. Au contraire, elle se veut à la jonction des deux cultures et sélectionne des artistes susceptibles de toucher un public de collectionneur avertis et qui si il a les moyens de ses investissements souhaite avant tout faire des choix à l’image du dynamisme et de la fraîcheur des échanges et de la scène artistique angeline. Pour autant, faire le pari de Los Angeles pour une première galerie reste ambitieux et demeure aussi un vrai challenge, tant sur le plan de la critique que du business. Un défi qu’assume parfaitement Marine Tanguy, en photo ci-dessus avec son associé, un ami et l’actrice et collectionneuse américaine Demi Moore.  

 

Business Madame : Qu’est-ce qui vous a fait évoluer vers le métier de galeriste ?

Marine Tanguy : J’ai toujours rêver d’être galeriste. Je rêvais d’ouvrir une galerie où l’art puisse inspirer, vivre et respirer. Après un stage à la BBC à 19 ans et des études d’histoire de l’art à Cambridge, j’ai commencé à travailler pour une galerie londonienne et j’en ai vite pris la direction.

BM : Pourquoi vous poser à LA d’un point de vue autant personnel que professionnel ?

MT : Los Angeles est un marché nouveau où l’on peut faire la différence. Il existe encore très peu de galeries avec un pouvoir académique derrière elles et qui représentent de l’art contemporain et classique en provenance de l’Europe. Je suis l’une des premières et les résultats sont très positifs, je voudrai insurger un peu de romantisme et d’émotions dans un art souvent pop et matérialiste.

BM : Qu’est-ce qui caractérise l’économie de l’art locale et en quoi cette spécificité impacte-t-elle votre activité ?

MT : Les plus grandes collections au monde sont en Californie. Les plus grandes fortunes s’y retrouvent et c’est pour cela que le marché de l’art s’agrandit de jour en jour à Los Angeles.

BM : Les rapports entre l’artiste et son galeriste sont-ils identiques en France et aux Etats Unis ? En terme de management des droits, de la représentation … ?

MT : Oui et non, le contrat est plus lourd mais ça ne change pas ma vision. Je suis amie avec chacun de mes artistes, je leur parle au téléphone tous les deux jours. C’est comme une petite famille artistique, tout repose sur l’amitié et la confiance. Je représente exclusivement mes plus jeunes et je suis plus ouverte pour les plus établis comme Philippe Pasqua. Un artiste et un marchand, c’est une vraie histoire d’amour. Je suis autant amoureuse de leurs oeuvres que de leur personnalité, je ne peux représenter quelqu’un en qui je ne crois qu’à moitié.

BM : Quels sont les artistes et les genres que vous avez choisi de montrer et en quoi se justifient-ils ?

MT : J’ai choisi des oeuvres qui ont un pouvoir émotionnel fort. Tout comme un Rothko, ce sont des oeuvres avec lesquelles on s’engage, avec lesquelles l’on rentre dans une longue conversation et des artistes qu’il nous est difficile de quitter dès lors qu’on les a ‘rencontrés’. D’abord c’est l’esthétique qui nous attire et ensuite l’émotion nous guide et nous retient. C’est l’expérience émotionnelle de Kant.

“Je travaille avec peu de personnes mais des personnes de grande qualité … J’évolue dans un réseau qui fonctionne comme une famille, dans laquelle tout le monde s’entraide. Nous serons encore là dans 20 ans.” Marine Tanguy

BM : Au-delà de votre sélection, quels sont vos atouts, qu’est-ce qui vous différencie ? Réseau, emplacement, expérience, …

MT : Je travaille avec peu de personnes mais des personnes de grande qualité et des relations qui se sont construites sur des années. J’évolue dans un réseau qui fonctionne comme une famille, dans laquelle tout le monde s’entraide et se soutient. Nous serons donc encore là dans 20 ans. L’emplacement est bien sûr sur l’avenue la plus chic de Melrose Avenue et la galerie a même son petit jardin privé et un grand bureau derrière l’espace contemporain où chaque client ne part jamais avant d’avoir passé quelques heures avec nous. J’ai un mentor qui est l’un des plus grands collectionneurs au monde et d’autres grandes personnalités qui m’aident et me consolent quand les temps sont durs et qu’il faut être persévérante. Et j’ai bien sûr un associé qui a l’une des entreprises de télévision et publicité qui marche le mieux aux Etats Unis, BPG. Notre relation tient sur beaucoup de respect mutuel. C’est un homme de parole et un homme tres généreux. Je suis aussi, au contraire de beaucoup dans l’art, discrète, vous me verrez rarement dans une grande fête mais au contraire dans un salon ou un diner avec mes proches.

BM : Expliquez-nous votre activité, vos enjeux quotidiens, les grands rendez-vous qui rythment votre activité.

MT : Je suis en ce moment même en train de créer un grand orchestre des arts. Des événements qui valoriseront des duos : ‘Art et Vin’, ‘Art et Jazz’, ‘Art et Piano’, ‘Art et Poésie’. Je veux que ma galerie se transforme en salon culturel et je pense qu’un beau concerto peut animer une peinture de Leger, un très bon vin peut aussi donner de l’arôme à une peinture abstraite etc. Je recrute des intellectuels pour les discours et je suis sponsorisée par Andrieu Vins, Wally’s etc.

BM : Comment se sont déroulées vos premières semaines  d’ouverture, quel est l’accueil qui vous a été réservé et comment voyez vous la suite dans les prochains mois ?

MT : L’accueil est chaleureux, on me dit qu’une entreprise aussi romantique est ce qu’il fallait à Los Angeles. Nous avons réalisé de belles ventes, la presse a été incroyable et l’on nous a adressé de beaux compliments. Je suis fatiguée mais comblée.

BM : Citez un artiste qui vous inspire ?

MT : J’adore Alex Katz. Pour ses rencontres et ses conversations avec ses muses. Pour moi une belle oeuvre d’art est une belle rencontre, quelqu’un dont on ne peut plus se détacher. L’engagement avec ses modèles est incroyable, tout comme les portraits de Matisse. J’adore aussi les romantiques, Delacroix et Guericault pour leur portée émotionnelle que je retrouve chez Rothko. Et bien sur Rodin, l’émotionnel de la sculpture. Je veux qu’une oeuvre m’emporte, et me touche comme une  musique.

 

Copyrights Getty Images for De Re Gallery 

 

 

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