Joran Briand, surfeur, designer :”J’ai amené huit artistes à dialoguer sur le rapport au monde par le vecteur du surf, à penser le lien entre création et sensation”.

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Joran Briand et Marie Doiteau ont rencontré huit artistes pour qui le surf est intrinsèquement lié à leur vie, un mode de vie plus qu’une pratique. Avec une volonté d’ouvrir le dialogue ‘sur le rapport au monde par le vecteur du surf, à penser le lien entre création et sensation’. Sorte de voyage initiatique, le livre West is the Best, illustre cette quête en mots et en images signées par Joran et Ryan Tatar. Thomas Meyerhoffer, Brian Rea, John van Hamersveld,  Sean Knibb, Alex Weinstein, Julie Goldstein, Ryan Tatar et Tom Stewart partagent leurs univers et se racontent dans une série d’interviews également visibles sur le site web du projet. Le jeune parcours de Joran est aussi et surtout un beau cas d’école de design et de développement raisonnés. Un studio qui jouit d’une croissance organique et fondée sur des principes et une volonté de cooperation. Un ecosytème mérité qui le porte vers des projets qui ressemblent à ses valeurs et à ceux et celles qui l’entourent.

“La glisse n’est pas une chose en soi, c’est l’aboutissement d’un long travail, d’une patiente analyse du monde extérieur. La pratique du surf nécessite une attention très précise à de nombreux paramètres, … des mécanismes complexes. Une implication minutieuse qui fait écho à l’engagement artistique.” Joran Briand, surfeur, designer.

Business Madame : ‘West is the best’ propose d’explorer le lien entre le surf et l’art ? C’était votre parti pris de départ, qu’en est-il au final ?

Joran Briand : Oui, surfer pour moi a toujours été un catalyseur créatif. Je voulais savoir si d’autres personnes partageaient cela. En tant que designer, je perçois l’objet « planche de surf » comme une chaise longue flottante propice à la méditation au large. Voir cet objet comme un équipement sportif fait pour chevaucher une onde me parait réducteur. Ce qui me passionne dans le surf c’est tous ce qu’il y a autour. La mer influence continuellement ma façon de voir les choses et donc de travailler. En vivant à ces côtés elle vous procure un bien être unique. L’océan est continuellement en changement. Sa fluidité, ses couleurs et sa composition sont de grandes sources d’inspiration. Appréhender ces phénomènes extérieurs comme les conditions climatiques avant d’aller surfer demande d’être à l’écoute. Le surfeur est quelque part un romantique moderne car il est dans cette quête de transfiguration du réel. Pour vérifier ces hypothèses, j’ai pris ma planche, une caméra, un appareil photo, un avion, deux avions… et je suis allé parcourir la côte ouest des États-Unis pour le vérifier. J’ai rencontré des créateurs dont le style de vie et le travail doivent beaucoup à leur pratique du surf. Pourquoi la Californie ? C’est l’épicentre de la culture moderne du surf, une région qui a joué un rôle de passeur entre les premiers pionniers de Polynésie et le reste du monde. À une vitesse parfois trop fulgurante, le mouvement a ensuite tissé ses réseaux partout sur le globe. La Californie est le début du voyage…

BMCe projet est-il plus introspectif qu’il n’en a l air ? Pour vous autant que pour Marie Doiteau ?

JB : L’écriture de ce livre fait partie d’un projet plus conséquent. Je souhaite ouvrir un second studio sur la côte française. Il était donc important pour moi de passer par l’étape de l’écrit afin de réaffirmer mes valeurs et mes envies. C’est pourquoi je suis allé à la rencontre d’artistes et designers californiens qui ont totalement intégrés le surf dans leur style de vie et dans leur pratique artistique. J’ai rencontrés huit personnes comme John Van Hamersveld, Brian Rea et Thomas Meyer Hoffer. Ces échanges qui seront retranscrit dans le livre m’ont permis d’affirmer mes intuitions. La décentralisation en France est encore quelque chose de difficile et de mal perçu, surtout dans le milieu artistique. Ce livre a pour but de catalyser les rencontres, afin de tisser des liens avec d’autres personnes qui partagent ces mêmes valeurs. Partager mes projets est important pour moi. Marie Doiteau est une amie d’enfance. Elle m’a beaucoup aidée dans ma démarche en réalisant les prises de vue vidéo et la communication sur les réseaux sociaux. Voyager et surfer avec elle est toujours un plaisir.

BM : On ne peut s’empêcher de rapprocher ‘West is the Best’ de films comme “Litmus” d’Andrew Kidman bien que le propos soit différent ?

JB : Merci pour ce rapprochement. J’ai toujours aimé visualiser ces films de surf hypnotiques composés en plans séquences de déferlantes infinies. Dans le projet « West is the best » ce qui m’intéresse c’est le making-of, ce qui se passe derrière, sur le parking, dans le studio, durant l’attente de l’onde. Les essais vidéos sur le surf sont bien trop souvent fantasmés voir pornographiques, accumulé de figures parfaitement maitrisées sur des vagues parfaites ce qui arrive très rarement… Le concept de quête disparaît alors que c’est un ingrédient très important dans le développement ce cette passion.

BM : Vous avez développez deux prototypes dont un en partenariat avec la marque parisienne Cuisse de Grenouille. Racontez-nous l’histoire du projet, votre relation/collaboration en général (retail design, brand ID, etc …).

JB : J’ai connu les fondateurs de « Cuisse de Grenouille » sur mon spot de surf à Quiberon, cela faisait déjà quelques années que je surfais avec leurs frères. Après quelques sessions partagées, Lucas et Severin m’ont demandé de réfléchir au mobilier de leur boutique et à leur identité graphique. Comme ils avaient aimé mon travail pour Rudy Ricciotti (le graphisme de la façade et de la toiture du Mucem, qui représente un plan d’eau ridé par le vent soit pour Marseille la Tramontane). C’est ainsi que j’ai réalisé le pattern July. Ce motif all-over est une simplification graphique de La Vague de Hokusai. Celui-ci est décliné à différentes échelles et appliqué sur différents supports (vêtement, objet, web). Par la multiplicité de ces applications il est devenu le symbole graphique de la marque. Suite à son succès, ils m’ont demandé de réfléchir à d’autres graphismes pour leur prochaine collection. Des motifs type « Toile de Jouy » représentant des scènes de surf vont bientôt voir le jour.

BM : Où se situe votre ‘curseur’ surf dans votre travail de designer ? Le sujet semble omniprésent, sans pour autant être premier degré ou complètement lisible (c’est un compliment ;-).

JB : La pratique du surf comme beaucoup d’autres disciplines liées directement à des phénomènes naturels (treck, ski…) trouve des corrélations avec la pratique artistique. Le surf véhicule des valeurs fortes qui font écho à l’engagement artistique telles la patience, la persévérance, l’adversité, le partage… Surfer m’aide tout simplement à créer ; « surfer la vie » est une attitude, une méthodologie, voir une philosophie…

BM : De NYC à Paris l’on sent une vraie tendance et communauté ‘Surf in Paris’ (ndlr Cuisse de grenouilles, Brunch Bazar x Surf in the City, Waves in the City, Pret à Surf ou Saturdays Surf à NYC), disons que c’est en territoire urbain que les choses se jouent, … pas à proximité des vagues …

JB : Le surf est à la mode. Il est en ce moment en haut de la vague et c’est tant mieux ;). Je trouve ça motivant qu’il se popularise, même si nos spots saturent de nouveaux adeptes. Si cela peut permettre aux gens des villes de se sensibiliser aux devenirs des océans et d’être plus à l’écoute de leur bien-être, alors partageons allègrement nos plages. West is the best ! « The life is better at the beach »

BM : Quels sont vos projets ?

JB : J’aimerai réaliser un film reportage sur un « West is the best » européen. Suivre 8 artistes, architectes ou designers surfeurs (un norvégien, un anglais, un irlandais, un français, un espagnol, un portugais, un italien, un allemand sur sa vague statique). Afin de comprendre comment ils articulent leurs journées et leur créativité autour de leur glisse. Je cherche actuellement un producteur.

BM :  Les objets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

JB : Je développe une collection de mobilier en métal pour une nouvelle maison d’édition basée au Cambodge. Ce nouvel éditeur a une démarche sociale et développe en parallèle de l’usine une école de formation gratuite. Une famille d’assises chez Perrouin, un éditeur breton. Par mon design, je souhaite mettre en avant le savoir-faire manuel du bois pour l’une des dernières entreprises à conserver une fabrication traditionelle en Bretagne. Un petit bateau souple lowtech en collaboration avec l’association de mon ami Corentin de Chatelperron, Gold of Bengal. Il sera l’annexe du bateau Nomade des mers. Je partirai le tester en mer pendant un mois l’été prochain. Le design intérieur de l’Atelier de l’équipage Spindrift à Saint Philibert en Bretagne. Une guitare concept « Pomme d’amour » pour le groupe La Femme édité par Seewhy Guitars. Une famille de luminaires pour Roche Bobois. Un jeu en bois pour la nouvelle maison d’édition 5 Points. Un banc urbain en béton Fibré pour Silvera.

West is the Best par Joran Briand et Marie Doiteau. Edité par Room number en partenariat avec LO/A, Library of Arts et Cuisse de grenouille.

© 2014, West is the best  © 2014, Joran Briand

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