Isabelle Carron, Fondatrice d’Absolution et sur le point de lancer Sweet & Safe Kiss : “C’est notre première collaboration et nous avons la chance de la faire avec Christophe Danchaud, le maquilleur de Vanessa Paradis, Marion Cotillard, Keira Knightley, Mélanie Laurent, Chiara Mastroianni …”

Isabelle Caron_Absolution cosmetic brand

Isabelle Carron est la co-fondatrice de l’agence de stratégie et design Jak (Just a Kiss) mais aussi la fondatrice d’Absolution, une gamme de cosmétiques naturelles. Au moment où elle nous parle elle vient de réussir une campagne de financement participatif pour un nouveau projet : Sweet & Safe Kiss. J’ai croisé Isabelle à l’époque où je co-fondais moi-même Cooperative Design et le positionnement de son agence, Jak, puis la démarche créative globale et cohérente imaginée pour Absolution m’avait emballé ! Ci-dessous, mon entretien ‘business’ avec Isabelle.

Business Madame : Lorsque nous nous sommes connues tu étais à la tête d’une belle agence de communication parisienne, Jak. Et maintenant que fais-tu ?

Isabelle Carron : Nous avons mené conjointement l’Agence et Absolution pendant un peu plus de 3 ans mais Absolution est un ogre qui dévore tout votre temps et votre énergie. On a décidé mon associé et moi de se répartir les enfants : il s’occupait de l’agence, je prenais soin d’Absolution. Depuis je m’y consacre donc à 100% (enfin 150% même). La diversité des sujets ne laisse pas prise l’ennui : développement produit, sourcing, fabrication, design, communication, PR, event, collab, internet, export, commerce, management, gestion, finance, levée de fonds …  sans compter cet entrainement intensif et quotidien en « résolution de problèmes ». Moi qui adore toucher à tout … je suis servie !

BM : Absolution était l’un de ces projets entrepreneuriaux initiés et hébergés au sein d’une agence. D’un genre très innovant car hormis créer de nouvelles agences justement les agences ne savaient pas faire grand chose, en matière d’entrepreneuriat j’entend …

IC : C’est vrai que c’est plutôt rare, même si certaines l’ont déjà fait, notamment au Canada, comme Sid Lee par exemple et en Angleterre. En France, No Good Industry avait ouvert une boutique et un café, fermés depuis. Pour les agences, créer une marque est souvent un fantasme : on travaille là-dessus toute l’année, on a l’impression d’en maîtriser les tenants et les aboutissants … et surtout on pense pouvoir faire bien mieux que la moyenne ! La réalité est un peu plus compliquée et elle fait appel à un business model et un état d’esprit bien différent de celui de la communication. Pour passer de la communication à l’incarnation il faut mettre les mains dans le cambouis … et le retour sur investissement est bien moins rapide dès que l’on quitte le monde du service. Ceci explique peut-être cela !

BM : Absolution a apporté un vent frais sur la cosméto. Personne n’attendait autant de créativité et de ‘disruption’ et encore moins de la part d’un ‘collectif’ français. En quoi ton métier et ton réseau t’ont-ils permis de répondre aussi justement à l’envie et l’attente du moment ?

IC : C’est amusant parce que je n’ai pas eu l’impression de répondre à autre chose qu’à mon envie. J’étais justement dans la situation dont je viens de parler : Co-fondatrice d’une agence de Branding, j’étais déçue des propositions des marques cosmeto et je me suis demandée ce que je ferais si je devais créer une marque. Absolution est née comme ça. Intuitivement, sans mapping ni études de marché préalable. Mon associé et moi on a trouvé l’idée intéressante, on a creusé, développé, crayonné, calculé … puis on s’est laissé happer par le projet et on l’a lancé. Bien sûr que mon métier m’a aidé, d’autant que j’ai pas mal « voyagé » en agence : un cursus commencé au Commercial, puis Direction du Développement puis la Création puis enfin Direction de Création et Direction Générale… de quoi avoir une vision d’ensemble et plusieurs angles de vue. Notre réseau nous a surtout servi de point de départ … pour sourcer des fournisseurs dans la cosmeto et de fan club pour nous aider, commenter et nous encourager dans cette incroyable aventure.

“J’ai créée Absolution pour moi, selon mes critères, mes exigences … J’aurais probablement pu séduire un client avec ce concept là … mais tôt ou tard — et certainement très tôt – il aurait été raboté, détourné, affaibli, normé … prêt à être digéré par le joli monde de la grande conso !” Isabelle Carron

BM : … et d’un point de vue personnel, en matière d’influences graphiques, photographiques, design d’objet …

IC : Beaucoup de choses m’inspirent et me nourrissent : l’Art, bien sûr … je vais très fréquemment dans les Musées ou voir des expos (mes enfants trouvent que c’est beaucoup trop souvent ;-), mais aussi beaucoup la nature … un niveau de beauté inégalable et une source de connaissances infinie, l’architecture – qui peut me procurer de vraies émotions, la musique – des concerts tous les mois, la danse qui pour moi mêle émotionnel, intellectuel, corporel. Difficile de citer des noms : Hofesh Shechter, Anne Teresa de Keersmaeker, Toyo Ito, Oscar Niemeyer, Barcelo, Les Bouroullec, Erri de Luca, Siri Hustvedt, Reverdi, Hanni el Khatib, Mark Lanegan … Non seulement j’en oublie des centaines … mais il y a encore tous ceux qu’il me reste à découvrir !

BM : Avec ce projet as-tu imposé ta vision, au sens de celle que tu n’aurais pas pu proposer à un client de l’ agence ?

IC : Tout à fait ! Je pense souvent qu’Absolution est le fruit d’une Directrice de Création frustrée ;-). Je l’ai créée pour moi, selon mes critères, mes exigences (et je suis très exigeante). Je voulais qu’elle soit d’une qualité exceptionnelle, avec un esprit unique, complexe et simple à la fois. Je l’ai créée sans compromis, en résistant à certains avis qui m’alertaient sur le risque que représentait telle ou telle option. Le tout en espérant très fort ne pas me tromper et ne pas être la seule à avoir envie de ce dont j’avais envie ! J’aurais probablement pu séduire un client avec ce concept là … mais tôt ou tard — et certainement très tôt – il aurait été raboté, détourné, affaibli, normé … prêt à être digéré par le joli monde de la grande conso !

BM : Comment la marque se porte-t-elle aujourd’hui ?  d’un point de vue business, distribution, produits, image …

IC : Bien ! Absolution a maintenant 5 ans, notre gamme compte 24 références (et bientôt 32 !), nous sommes présents dans plus de 23 pays – quoique encore de façon assez confidentielle. Nous avons accumulé plus d’une vingtaine de prix de Design et de Cosmétique, sommes entrés dans les Spas, la presse nous chouchoute et notre chiffre progresse dans tous nos points de vente. C’est super encourageant de voir la marque se déployer et de rencontrer de plus en plus de gens qui en parlent avec enthousiasme. Et puis j’ai beaucoup de projets en tête, certains pourraient se monter dès 2015 … ou 2016. Mais je vais devoir chercher des partenaires opérationnels et financiers. Avis aux amateurs !

BM : Tu es donc une “serial entrepreneur” ? Tu en es à ton troisième projet si l’on compte l’agence, puisqu’il me semble que tu l’as cofondée ? Justement parles-nous de ce nouveau challenge.

IC : « Sérial Entrepreneuse », l’habit me semble encore un peu grand pour moi !! Tu parles du projet #Sweetandsafekiss ? C’est notre première collaboration et nous avons la chance de la faire avec Christophe Danchaud, le maquilleur de Vanessa Paradis, Marion Cotillard, Keira Knightley, Mélanie Laurent, Chiara Mastroianni … Cette collab’ a d’ailleurs en partie été financée sur KissKissBankBank : une belle aventure … et une belle campagne qui nous a permis de rassembler 30 000€ et de constater qu’on étaient soutenu par de nombreux « fans », ça fait chaud au cœur !

L’idée est simple, mais pourtant c’est un challenge en termes de formulation. Parce que  la plupart des Rouges à Lèvres « classiques » contiennent des ingrédients peu recommandables (Plomb, Cadmium, Chrome, Aluminium, Pesticides…) et que les «naturels» n’offrent pas le résultat maquillage que l’on en attend (couleurs, couvrance, tenue), on a décidé avec Christophe de collaborer et de créer une collection Capsule. De 6 rouges à Lèvres à la texture soyeuse et veloutée, un fini semi-mat, doux et couvrant à la fois … et surtout pas desséchant. La composition réunira ingrédients naturels et bio, huiles végétales et cires, extraits de plantes régénérantes et réparatrices … sans aucun ingrédient suspect évidemment. Bref : un Rouge à Lèvres traitant, qui restaure et maintient l’écosystème très fragile des lèvres avec un résultat Maquillage Professionnel. Une gamme de 6 couleurs inédites : 3 Rouges, 3 Roses, les vrais basiques que l’on cherche toujours sans jamais les trouver… Les petites merveilles devraient sortir en mars 2015 … mais ils sont déjà fort attendus !

BM : Quels sont les talents qui t’entourent ?

IC : J’ai la chance d’être bien entourée, mon équipe d’abord, mes amis et de rencontrer beaucoup de gens talentueux, entrepreneurs, motivés, qui veulent réaliser de belles choses. Mais celui qui m’inspire le plus c’est probablement mon homme : Gilles Marrey, peintre, musicien et professeur à L’école d’Architecture Paris-Belleville. On collabore souvent : échanges d’idées ou intervention directes : Gilles a par exemple créé le design du pack d’Addiction, notre Huile Visage et j’ai créé un parfum destiné à accompagner la présentation de son dernier dessin – immense – plus de 7,50m de long- accroché dans le noir au Musée de Rouen et que les visiteurs découvrent petit à petit, équipés d’une lampe de poche !

BM : Pourquoi avoir choisi Christophe Danchaud ?

IC : Je dirai que l’on s’est choisi mutuellement et naturellement ! On s’entend bien, on s’aime bien, on partage des envies et des valeurs… encore une fois l’aspect rationnel n’est pas moteur dans cette collaboration … même s’il existe. On s’est rencontré via un ami commun, il y a déjà quelques années parce que Christophe s’interrogeait sur la création de sa propre marque et voulait notre aide sur le sujet – vu notre double compétence agence/développement cosmétique. Christophe adore la marque et l’a fait découvrir à toutes les comédiennes, chanteuses, stars qu’il maquille. Pour lui, travailler avec Absolution c’est la garantie d’avoir le mix parfait : hautement bio, produits excellents et efficaces, design originalPour moi, c’est l’expertise maquillage, des couleurs innouies, une sensibilité partagée … et aussi un très joli réseau.

BM : Incuber ou promouvoir d’autres projets c’est le modèle que doivent adopter les néo entrepreneurs ?

IC : Je ne sais pas si on doit l’adopter … mais comme souvent, l’appétit vient en mangeant. La première fois est on se lance dans l’inconnu, les fois suivantes un peu moins, puis de moins en moins. Même si l’on est jamais certain de réussir , l’expérience passée nous prouve que beaucoup de choses que l’on croyait irréalisables … le sont … ça donne envie d’être curieux et gourmant d’expériences, de bâtir, d’inventer. Alors oui, c’est vrai que l’entreprenariat est un excellent contexte pour développer d’autres projets. Etre « maître à bord », c’est souvent un statut qu’on ne veut plus remettre en question ensuite.

absolution-cosmetiques.com

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founder of Business Madame ... since 2007

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